Le stock semencier, botte secrète des plantes annuelles

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 28 février 2025

À l’abri à quelques centimètres sous la surface du sol, dorment des plantes en devenir avec lesquelles devrait composer l’agriculteur.

Qu’est-ce que le stock semencier ?

C’est la réserve de graines contenue dans le sol. Cela constitue un moyen de subsister pour les espèces de plantes annuelles, qui ne disposent que de quelques mois pour vivre et se reproduire. Grâce à ces graines, de nouvelles plantes peuvent pousser les années suivantes. Un mécanisme de dormance* bloque la germination des graines afin que toutes ne poussent pas en même temps. Sans cela, des espèces risqueraient de disparaître d’un milieu si des événements défavorables tels qu’une sécheresse survenaient et emportaient toutes les plantes avant qu’elles ne grainent.

Quels sont les enjeux de ce stock pour l’agriculture ?

Le stock semencier est la zone de survie des adventices, dites « mauvaises herbes ». S’il y a beaucoup de graines dans les horizons de surface d’un sol, cela peut impacter les futures récoltes. L’agriculteur doit donc contrôler le stock pour ne pas être débordé. Et pour ce faire, au vu de leurs effets néfastes sur les écosystèmes, les herbicides doivent au maximum être évités. Mais a contrario, un stock semencier très faible, c’est-à-dire avec moins d’une dizaine d’espèces, n’est pas souhaitable pour autant. La biodiversité est nécessaire pour le bon fonctionnement agroécologique* d’un espace cultivé. Ces graines contribuent à un équilibre, en constituant par exemple une ressource alimentaire pour insectes, oiseaux, petits rongeurs…

En quoi consistent les recherches agronomiques sur le stock semencier ?

Pour estimer le stock d’une parcelle, les chercheurs effectuent des carottages de terre dont sont extraites les graines en laboratoire par tamisage, tri… C’est un travail fastidieux. Les graines sont ensuite identifiées, ce qui requiert des connaissances poussées. INRAE* à Dijon a été chef de file en la matière. Par des expérimentations en champs, l’objectif est notamment de déterminer quelles pratiques culturales sont adaptées pour produire en bonne intelligence vis-à-vis du stock semencier. Ainsi, la détection de telle adventice sera un avertisseur pour engager un retard de semis, ou pour ne pas planter telle culture. De façon générale, la rotation des cultures* est recommandée pour ne pas subir les effets négatifs du stock. Un agriculteur n’a pas les moyens d’étudier ses stocks semenciers, mais il peut les suivre de manière indirecte en observant les adventices qui poussent sur une petite zone non cultivée.

Bruno CHAUVEL, Chercheur à l’unité mixte de recherche Agroécologie, Centre INRAE Bourgogne-Franche-Comté

Dans les années 1940, une baisse du nombre d’espèces et du nombre de graines est survenue dans les champs, résultat de l’avènement des herbicides. Sur une parcelle agricole, on estime qu’il y avait de l’ordre d’une centaine de millions de graines par hectare au début du 20e siècle, contre seulement une trentaine de millions aujourd’hui. Une utilisation plus modérée des herbicides tend actuellement à faire repartir ce chiffre à la hausse. Les graines sont des organismes vivants qui respirent et ne sont pas éternels. Elles restent capables de germer après 20, 30, peut-être 50 ans selon les espèces, guère plus. Les graines d’adventices représentent une formidable réserve de biodiversité. Elles ont des tailles, des couleurs, des formes, des ornementations variées. Et il est incroyable de voir de toutes petites graines produire de grandes plantes !